L'actu du BdB

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"Le vagabond des étoiles" de Jack London

Vous vous ennuyez au travail (ou chez vous) quand les autres ont profité des jours à la fois beaux et fériés pour partir loin des cieux urbains qui ne sont jamais complètement bleu. Vous vous languissez de grands espaces et de cette liberté que notre société contemporaine, en la promouvant sans trêve ni retenue, ne fait que rendre plus inaccessible. Matérialistes comme pas deux, vous vous surprenez à songer à la métempsychose et cochez "Bédouin dans le Sahara" dans la liste des activités rêvées lors de votre réincarnation.
La solution est aussi évidente que délicate : évadez-vous ! Toute la difficulté, je le sais, réside dans le fait que votre situation, pour les raisons décrites en préambule, ne se prête guère à ce loisir délicat. Pas besoin d’aller plus loin pour introduire mon propos, mes gros sabots ont fait suffisamment de bruit, pour annoncer clairement la recette ancestrale que je vous propose de remettre à la mode pour exaucer cette envie d'ailleurs : une bonne lecture. Mais pas de n’importe quel ouvrage : JB a déjà critiqué l’Alchimiste de Paolo Coehlo sur ce blog, nous avons trop souvent déjà démontré notre goût pour les récits d’aventure ou de voyage et je ne porte guère plus dans mon cœur le Livre du voyage de notre Bernard Werber national que les livres de développement personnel. Il y a pourtant un peu de tout cela dans Le Vagabond des étoiles de Jacques London dont j'ai envie de vous parler aujourd'hui. Et surtout, à chacun de ses niveaux de lectures, une vraie promesse d’évasion.

"Le dernier stade de la soif" de James Exley


Je tape « Fante » et voilà qu’on me propose, Steinbeck, Bukowski, Faulkner, Auster,  Fitzgerald et Exley. Je n’ai donc plus besoin de chercher des livres à mon goût, on est prêt à le faire pour moi. Une fois qu’on a mis le bout du clic dans la prise, une multitude de sites, publicités ou réseaux sociaux veilleront à vous proposer des biens culturels en rapport avec votre requête initiale. Le Lectorus papietus, dinosaure-lecteur-papier, veut cependant penser que l’on peut encore dénicher ses bouquins comme un grand, ou, au pire, avec les remarques succinctes d’un libraire forcement bourru. Il veut continuer son voyage au bout de la littérature en autodidacte jaloux. Quelques clics internet m’ont pourtant convaincu qu’il fallait que je le lise, que j’étais passé à côté d’un monument et qu’il serait, en plus, parfaitement dans mes goûts. Aviez-vous déjà entendu parler de Frederick Exley ? Moi, non… A moins d’être vraiment l’œuvre unique publiée en quatre exemplaires en phénicien d’un auteur austro-hongrois mort à 12 ans en 1867, la toile a cette capacité à rendre l’auteur indispensable et le best-seller confidentiel. Toujours plus loin dans la personnalisation, le club, de l’excellence pour tous, du Frederick Exley pour moi…

"La littérature sans estomac" de Pierre Jourde

Je critique, il critique, nous critiquons… La blogosphère littéraire a littéralement, en quelques années, « poppé »  autour d’un concept aussi flou que stimulant : la critique littéraire. Mais qu’est-ce que critiquer finalement ? Comment savoir si l’on est légitime, ou, si ce n’est pas le cas, le devenir ? Quelles sont les règles de rédaction d’une critique digne de ce nom ? Autant de questions auxquelles, en l’absence de méthode, on se confronte avec plus ou moins de courage, affirmant tantôt avec fierté notre droit à la subjectivité et pondérant d’autres fois avec modestie (lorsque nous écrivons une « chronique » ou un « billet ») notre avis face à des livres dont l’ampleur nous dépasse… Et cherchant, aussi souvent que possible, à découvrir et s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. A commencer par les bons blogs amateurs dont la toile regorge, avec quelques références solides à visiter depuis notre blogroll. L’autre option étant de s’intéresser à la littérature critique. Un genre qui connut ses heures de gloires en d’autres siècles, mais que l’on n’imagine guère capable aujourd’hui de dépasser les limites d’un encart de périodique ou du papier glacé d’une revue spécialisée. Et pourtant… Pierre Jourde, l’un de nos plus polémiques critiques encore en activité, par ailleurs professeur de littérature et écrivain, continue de faire paraître des ouvrages critiques qui jouissent d’une certaine renommée. Et parmi ceux-là, la Littérature sans estomac, qui obtint le prix Critique de l’Académie française en 2002, fait figure de référence.

"Loar" de Loic Henry

Le bilan calorique d’une chasse aux œufs étant on ne peut plus douteux, disons qu’outre un tour de rein que vous affrontez stoïquement, il vous reste l’envie d’éliminer le chocolat restant par une bonne lecture au coin de la cheminée que vous n’avez pas. Pas grave, il se passe des éléments bien plus fantastiques qu’un lundi de Pâques sous la pluie : de la science fiction française en tête de gondole par exemple, vraiment. Du space opera comparé à Pierre Bordage et Frank Herbert, rien que cela. Petite musique d’attente. Je viens de perdre la moitié des milliers de lecteurs qui se sont jetés sur cette critique, en jargonnant SF. Si je peux rassurer la foule restante en précisant que « Loar » ne raconte pas l’histoire d’un animal dormeur ayant des vues sur la construction d’un empire galactique, je le fais néanmoins volontiers. L’auteur, me précise le quatrième de couverture, aurait « travaillé deux ans au cœur d’un Hong Kong encore britannique », si cela peut également rameuter quelques lecteurs nostalgiques. Les « Il a quitté la Bretagne » et « Bercé par l’océan pendant son enfance » ravira également les amoureux des plages des sables fins et des après-midis ensoleillées. Vous l’aurez compris, si vous êtes un amateur de space opéra sans préjugé géographique, il est plus que temps de cliquer religieusement sur « Lire la suite ».

"Vies imaginaires" de Marcel Schwob

Combien de temps devrons nous attendre pour voir fleurir sur les rayonnages de nos librairies des biographies de Stéphane Hessel, de Joseph Ratzinger / Benoît XVI et de Hugo Chavez ? Quelques semaines tout au plus ? Ces biographies écrites en vitesse pour profiter les premières de la manne commerciale qu’offre la disparition d’un personnage charismatique ou populaire respecteront probablement les codes du genre : exactitude dans les faits rapportés (avec citation des sources), objectivité maximale et concision du propos, avec si possible élimination de tout ce qui dans l’existence de l’individu concerné pourra être considéré comme superflu pour la compréhension ou l’illustration de son « œuvre ». Et c’est ainsi que j’apprécie moi aussi les biographies, genre littéraire qui m’apparait presque comme scientifique, pour ainsi dire à la marge de l’information / du journalisme (cf ma récente critique de Diderot ou le bonheur de penser de Jacques Attali). D’autres ont pourtant envisagé la biographie sous un angle différent. C’est le cas par exemple d’Eric Chevillard et de ses biographies de personnages imaginaires que nous avons déjà évoquées. Mais ce fut surtout, à la toute fin du XIXe siècle, le cas de Marcel Schwob qui ouvrit avec ses Vies imaginaires la voie à un parti pris littéraire nouveau, qui essaima ensuite dans tous les genres littéraires : l’écriture dans les interstices de ce qui a existé, c’est-à-dire le comblement par l’imagination de ce que l’Histoire a oublié de nous transmettre.

"La Religion" de Tim Willocks

Qui a vraiment envie de trimballer un pavé de 1000 pages dans les transports en commun ? Qui risquerait son épaule et son temps pour un ouvrage qui s’appelle « La Religion », et qui a une photo d’épée sur sa couverture ? Ceux-là même qui occulteraient que le nom de l’auteur est écrit en plus gros que le titre ? Ou qu’il s’agit d’un bouquin qui parle de la prise de Malte en 1565 ? Les probabilités d’avoir envie de le lire sont aussi faibles que de réussir le concours de polytechnique en araméen. Plutôt se lacérer le visage avec une fourchette en plastique, ou se déguiser en pièce d’or le soir de la chandeleur. Et pourtant, courageux lecteurs, trépidants abonnés et têtes brûlées de l’aventure littéraire, « La Religion » a donné plus que sa peau de chagrin plastifiée.

"Le sermon sur la chute de Rome" de Jérôme Ferrari

Outre le temps qui m’a manqué pour écrire, je dois avouer avoir traversé ces dernières semaines une sorte de « crise de la critique ». Je vois à cet inhabituel manque d’envie de donner mon avis sur les livres que j’ai récemment lu, au moins trois causes potentielles (qui se sont probablement combinées) : 1/ un bilan franchement mitigé sur les dix derniers bouquins qui me sont passé entre les mains, 2/ un certain découragement à promouvoir des livres obscurs que j’ai franchement aimé mais dont je sais que les chroniques ne seront jamais lues (cf ma critique de la Fée aux miettes de Charles Nodier) 3/ une désagréable impression d’autonomisation de la vie du BdB : le référencement google et les réseaux sociaux nous permettent désormais d’avoir une fréquentation à peu près constante que nous publiions ou non de nouvelles chroniques. Il me fallait donc au minimum un petit événement pour m’arracher à cette léthargie improductive. Il semblerait dans ce contexte que le destin ait tenu à assurer le coup, puisque ce n’est pas un, mais bien deux petits bonheurs qu’il a placé sur ma route, en me glissant à l’oreille qu’il me serait impossible de ne pas en parler sur ces pages. Le premier entrant dans la catégorie numéro 2 ci-dessus désignée (celle des livres inconnus qui n’intéressent personne d’autre que moi), je me permets de le garder au chaud pour une très prochaine chronique et de vous parler aujourd’hui d’un livre beaucoup moins confidentiel : le fameux Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, Goncourt 2012.

"Fifty Shades Of Grey" de E L James


Sonnez flutes et hautbois, arrêtez presses et rotatives, allez au temple radieux déposer vos hommages : voici la critique que le monde attendait, haletant, muet d’impatience. Je vous offre Fifty Shades of Grey,  la « romance érotique » qui traversera le temps et  l’espace et deviendra sans doute, après la catastrophe nucléaire qui fera tomber la civilisation, la base d’une puissante tradition orale pleine de dieux et de légendes.

"Le vieil homme et la mer" de Ernest Hemingway

Mon histoire avec Hemingway est comme une vieille correspondance que l’on entretient, parfois plus par nostalgie mal placée que par envie dévorante. J’ai découvert l’auteur par Robert Capa, lors d’une exposition sur la guerre d’Espagne. Un « Pour qui sonne le glas » plus tard, il fallut ensuite attendre Nicolas Cage et Meg Ryan pour que je lise « Paris est une fête ». Et puis, X années plus tard (par respect pour mon grand âge), l’envie subite de découvrir un nouveau fragment de l’étoffée bibliographie de l’auteur. On entend souvent qu’Hemingway, c’est chiant, long, qu’il ne se passe rien, ou que l’auteur n’a aucun talent d’écriture. Dans un sens, on ne peut pas complètement donner tort à la vindicte populaire. Ses bouquins sont souvent un peu introspectifs, le rythme est souvent lent, et la plume faussement truculente en rebutera certain. Mais, ne faisons pas de faux procès à l’auteur, on ne peut pas dire que ses ouvrages soient difficiles d’accès, prétentieux ou élitistes. On peut lire de l’Hemingway à tout âge, et ceux quel que soit son bagage littéraire, sans frissonner de honte si le livre vous tombe des mains. Si vous hésitez, sachez qu’on est à des années lumières des Joyce, Lowry et autres. Pour moi, on se rapproche plus d’un Steinbeck ou d’un Francis Scott Fitzgerald dans le style, voire d’un Faulkner ou d’un Zweig. Bref, tout un tas de bonnes raisons de se (re)plonger dans un de ses livres, et pourquoi ne pas commencer par un ouvrage qui a dépassé le statut de classique, « Le vieil homme et la mer »…

"Les Ignorants" de Étienne Davodeau

Nous sommes en Février, et il fait toujours froid, gris et brumeux. Difficile de rêver à votre all inclusive, slip de bain et mojito royal. Fermez les yeux, vous êtes à Londres à la fin du XIXème siècle. Vos bottes parfaitement graissées claquent sur les pavés glissants des berges de la tamise. Votre fidèle chien de chasse vous reluque d’un air complice. Vous pressez le pas, dépassez un groupe de dockers couturés, avant de vous courber pour passer votre imposante carcasse à travers les murs poisseux d’une vieille bâtisse. C’est ici, dans ce fier amphithéâtre, que se côtoient les inventeurs de demain. Chasseur de brumes, médecin curieux ou noblion mécène s’ébrouent dans un balai parfaitement chaotique. Couvert par les bruits de la foule, un jeune musicien apprêté extorque des gargouillis à un étrange instrument fatigué. En feuilletant le programme de la soirée…il est question de lasagnes au cheval et de démission papale. Les « mon chef est un salaud » résonnent au rythme d’une mauvaise reprise de "porque te vas". A moins que le fauteuil club ne soit un strapotin en moleskine râpée. A moins que…vous ne soyez en train de lire la critique du mois du bdb. Aujourd’hui cher lecteur, nous parlerons bande-dessinée, amitié, Watchmen et vins bouchonnés, rien que ça….

Livre du mois : double lecture - JB et Emmanuel

"Furioso" de Carin Bartosch Edström

L’histoire des pays nordiques et les polars se résume en un mot : Millénium. Selon le décompte du site http://www.stieglarsson.se/, 63 millions d’exemplaires de la saga se seraient ainsi vendus depuis sa sortie, entre 2005 et 2007. On a eu droit au film, à la série et au remake US, signe de reconnaissance s’il en est, et le temps de se poser plein de questions sur le personnage de Lisbeth Salander. De nombreux ouvrages rouges et noirs écrits par des auteurs en « son » sont donc venus peupler les rayonnages polars de nos chères enseignes. La bataille continue de faire rage contre les poids lourds américains du secteur qui rivalisent de couverture en 3D et bas de page accrocheurs pour attirer le client. Même si nous critiquons de temps à autres des auteurs scandinaves, nous sommes finalement passés un peu à côté du phénomène. La maison JC Lattès ayant eu la gentillesse de nous offrir le dernier ouvrage de Carin Bartosch Edström, l’occasion était trop belle de nous faire notre propre opinion…

"Journal d'un mythomane vol.1" de Nicolas Bedos

Un livre de Stéphane Gui…, pardon de Nicolas Bedos. Avant de tirer sur l’oiseau chroniqueur, fermons les yeux et inspirons sept fois, comme enseigné dans notre cours de relaxation Tai-chinoiso-détox. Mes dérives nocturnes télévisuelles d’opiomane ont, de bon, de m’avoir permis de me familiariser avec le personnage. Lui sur (moi avec) de nombreux plateaux télés plus ou moins digestes. Et, pourtant, je me rends compte qu’on a sans doute manqué notre rendez-vous. J’aurais dû décoller plus tôt d’un reportage sur les impalas du parc Kruger, remettre mes Persol à écailles et regarder sagement feu l’émission de Franz Olivier Giesbert. Il y eut Guillon sur Canal. Il nous reste De Groodt, ou Gaspard Proust. Où est donc Bedos ? Difficile de voir la plume derrière le corps qui surjoue, compliqué d’apprécier le texte entre deux rires entendus ou mines faussement effarouchées. Et puis, il faut se faire aux rengaines sur son père, ses blagues parfois biggaresques ou les comptes rendus de sa vie amoureuse. Passer outre les théories des psychologues de comptoir qui cherchent à démasquer un hypothétique personnage, et les courtisans aux yeux papillonnants. Alors disons que la sortie du livre, qui est en fait un recueil de ses passages télés ou radios saupoudrés de très rares inédits, c’est notre dernière chance de nous trouver (ou de nous laisser sur un adieu cordial).