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"Max et les Maximonstres" de Maurice Sendak

L’été 2011 commençait à peine à poindre à l’horizon la dernière fois que nous avons parlé sur ce blog de littérature pour la jeunesse. Il a passé, puis après lui l’automne et encore l’hiver qui tire désormais sur sa fin. Largement assez de temps pour permettre à M. Taupe, M. Rat et M. Crapaud, les héros du Vent dans les Saules dont je vous parlais alors, de vivre des centaines d’aventures, toutes plus éblouissantes et heureuses les unes que les autres. Mais aussi assez longtemps pour que nos lecteurs en bas âge (ou plutôt les enfants et petits enfants de nos lecteurs de tous âges) commencent à s’ennuyer ferme et aillent chercher l’inspiration ailleurs. Mais tout vient à point à qui sait attendre et la littérature jeunesse revient enfin à l’honneur sur le BdB avec un classique des classiques de la littérature illustrée pour enfants… J’ai nommé Max et les Maximonstres (Where the wild things are en version originale).

L’avis d’Emmanuel

Un classique que je n’avais jamais lu
Je l’avoue sans honte, ce d’autant qu’il s’agit d’un véritable bijou de sensibilité : c’est par le film de Spike Jonze, sorti en 2009, que j’ai découvert Max et les Maximonstres. Et c’est en fait en vue du deuxième visionnage de celui-ci  que j’ai acquis un sympathique coffret associant le livre et le DVD et ai enfin pu lire l’œuvre de Maurice Sendak (publiée en 1963  et en 1967 pour la traduction française).
Je n’ai donc pas été bercé ou terrifié enfant par cette histoire aussi simple qu’évidente, aussi condensée que juste et aussi effrayante que réconfortante. Si Max et les Maximonstres est un tel monument, pourquoi ? Est-ce parce que Max et les Maximonstres est un classique avant tout au delà de l’Atlantique ? Peut-être, mais certains amis de mon âge ont pourtant rencontré très jeune Max et ses étranges compagnons... Est-ce plutôt parce que mes parents n’étaient pas vraiment versés dans la psychanalyse et les « traités d’éducation à l’usage des parents » ? Pourquoi pas, mais Wikipedia précise que Françoise Dolto aurait plutôt pris position en son temps contre la lecture de ce livre aux plus jeunes… Peut-être n'ai-je simplement pas eu la chance de croiser sa route alors ? C’est finalement ce que j’ai envie de croire, car c’est la plus simple et la moins triste des explications.

Tel un squelette
Max et les Maximonstres, c’est à peine quarante pages, à raison d’une illustration grand format et de quelques lignes de texte par page. Soit une histoire lue en moins de dix minutes. Dans cette histoire, Max, un jeune garçon turbulent et vêtu d’un costume de loup, se voit puni pour avoir fait une bêtise de trop. Alors qu’il se lamente dans sa chambre, apparait bientôt un univers merveilleux dans lequel il s’évade quelques temps. Ses pas (ou plutôt son navire) le portent jusqu’au pays des Maximonstres, sortes de peluches énormes et effrayantes qu’il parvient à dominer (les Maximonstres feront de Max leur roi) en se montrant plus féroce encore qu’elles. Mais Max découvre rapidement que sa place est auprès de ses proches, dont il se languit et décide donc de quitter le pays des Maximonstres pour retrouve son foyer, moins riche en aventures, mais incomparable pour ce qui est de la chaleur humaine (matérialisée par le bon repas tout chaud dont il avait été privé).
Les dessins de Sendak, réalisés à l’encre et délicatement colorés de tons pastel, sont très plaisants et prennent parfois des allures un peu figées de gravure d’un autre temps, qui leur confèrent un rôle plus illustratif (ils alimentent l’univers) que narratif. On soulignera de plus le jeu de mise en page qui fait prendre aux illustrations une place toujours plus importante sur la page à mesure que l’on s’enfonce dans le monde de l’imaginaire, avec un phénomène de reflux lors de l’inévitable retour à la réalité.
Et c’est justement parce que l’histoire de Max est réduite à la trame la plus élémentaire, et parce que ses illustrations ouvertes sont propres à emporter les imaginations fertiles dans des pays aussi lointains que celui des Maximonstres que ce petit ouvrage qui ne paie pas de mine à la première lecture touche de manière si universelle adultes et enfants qui se comprennent et se sentent compris immédiatement.

Chacun son Max et les Maximonstres
Quelques mots tout de même du film de dont je parlais en préambule de cette chronique et qui a fait entrer les Maximonstres dans mon cœur (suivez ce lien pour voir la bande-annonce). Si celui-ci est en un sens parfaitement fidèle au livre (toutes les illustrations ou presque et jusqu’aux échanges de propos entre Max et Maximonstres peuvent y être retrouvés), il est également évident qu’il va bien au-delà, en comblant les interstices ménagés par l’auteur à destination de l’imagination de chaque lecteur. Le Max et les Maximonstres qu’il vous sera donné de voir n’est donc pas celui que vous pourrez lire. Il s’agit d’une version spécifique et unique du récit, celle d’un lecteur en particulier, ou plutôt d’un groupe de lecteurs (Spike Jonze et ses scénaristes). Par chance, ce Max et les Maximonstres là est d’une richesse, d’une beauté et d’une profondeur bouleversantes. Surtout, c’est un Max et les Maximonstres ancré dans son temps, dans lequel Max est un enfant turbulent, mais surtout incompris, solitaire, malmené par l’époque entre un père absent, une mère dépassée et une sœur adolescente. Un petit garçon qui rejette le monde réel pour se réfugier dans celui non moins terrible qu’a créé pour lui son imagination. Un esprit enfin qui grandit en comprenant que sa place est auprès des siens, qui l’aiment malgré les aléas du quotidien.

A lire ou pas ?
Pas besoin de faire à mon tour un dessin. Si vous êtes parvenu jusque là après avoir lu ma prose teintée de lyrisme, vous aurez compris que je recommande la lecture de Max et les Maximonstres, son partage avec les enfants qui vous entourent et surtout le visionnage du film de Spike Jonze. Ce dernier, à condition de parvenir à se laisser toucher par ce petit Max aux allures de garnement insupportable est une merveille de sensibilité, d’une justesse douloureusement aiguë.

Lisez aussi notre critique de Cuisine de Nuit, l'une des autres petites merveilles de Maurice Sendak.

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6 commentaires:

  1. Je te conseille également "Cuisine de nuit" du même auteur. La combinaison de ces deux livres a bercé mon enfance...

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  2. Me renseigner un peu sur Sendak m'a effectivement donné envie de lire ce deuxième ouvrage. Qui semble qui plus est assez controversé ! Merci pour ton conseil :)

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  3. Aux amoureux de la littérature pour enfants et en particulier de l'oeuvre de Sendak, je conseille également le titre "Quand papa était loin", afin de compléter sa triologie du rêve.

    Une petite question à propos du coffret de "Max et les maximonstres": le livre inclus est-il cartonné ou broché?

    D'avance, merci.

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  4. Merci Carina pour cette recommandation que je suivrai avec plaisir, quoique la couverture de Quand papa était loin soit moins alléchante que celle de Max et les Maximonstres. Il a quand même l'avantage, contrairement à Cuisine de Nuit conseillé précédemment, d'être toujours édité (j'ai trouvé un exemplaire d'occasion de Cuisine de nuit sur Amazon à un prix raisonnable).

    Malheureusement, l'exemplaire de Max et les Maximonstres présent dans le coffret dont je parle est broché et non relié (ce qui explique le prix modique du coffret).

    A bientôt pour d'autres échanges sur le BdB.

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  5. Cher Emmanuel,

    C'est moi qui vous remercie. Il me semblait bien probable qu'il ne soit pas relié. Je possède déjà quelques éditions de ce chef-d'oeuvre, mais j'aurai voulu offrir le coffret. C'est vraiment dommage (surtout que de les acheter séparément revient encore moins cher...).

    Quant aux autres ouvrages, ils présentent éffectivement des registres visuels (et non seulement) différents, mais l'on y reconnaît bien le style de Sendak. Je pense qu'ils seront tous deux disponibles chez Fnac, également.

    À bientôt et merci encore.

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  6. le livre et le film sont merveilleux!
    Il y a beaucoup d'émotions et de tristesse!
    A ne pas manquer

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