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"La délicatesse" de David Foenkinos

Quatrième de couverture :
« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, ça serait parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse… 
– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie. 
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. » 
La délicatesse a obtenu dix prix littéraires et a été traduit dans plus de quinze langues.

L’avis d’Emmanuel :

Liste des 10 prix littéraires (rééls et imaginés) remportés par La délicatesse (en France et à l'étranger)
Prix littéraire des lycéens du Liban
Prix des lectrices de Jeune et Jolie
Prix rose du salon du livre de Saint Cast le Guildo
Prix des Lecteurs du Télégramme 
Prix Jean-Pierre Coudurier 
Prix des Dunes 
Prix du conseil général de la Marne
Prix An Avel (dans le vent) 
Prix des Genets d’Or de Nouan Le Fuzelier 
Prix Harmonia

Nathalie est une fille simple. Elle est jeune, belle, et a été séduite sans crier gare, entre deux autobus, par le charmant François. Ils ont vécu une jolie histoire d’amour, pleine de bonheur comme un bouquet l’est de fleurs, jusqu’à la mort inattendue et stupide de François. C’est toujours stupide, et souvent inattendu, la mort d’un être aimé. Alors Nathalie a cessé de vivre. Durant de longs mois. Jusqu’à ce que l’étincelle créée par l’envie de travailler rallume une flammèche sur le grand chandelier de la vie. Jusqu'à ce que le souffle du temps qui passe étende la flamme à quelques autres bougies. Jusqu’à ce que sa rencontre avec Markus embrase le candélabre tout entier et la maison avec1.
1. Ce n’est pas grave. De toute façon, ils avaient prévu d’emménager ensemble.

Nombre de notes de bas de page sans intérêt contenues dans La délicatesse
12

L’introduction de cette critique me semble un pastiche assez fidèle du style de David Foenkinos dans ce court  roman. Le sujet, grave, nos capacités de reconstruction après la perte d’un être cher, est traité avec (trop de) légèreté, et une candeur qui tourne malheureusement assez souvent à l’insipide. L’intention n’est pourtant pas mauvaise, et le style tout en phrases simples n’est pas désagréable. L’auteur trébuche cependant à de multiples niveaux, en se prenant les pieds dans des pièges qu’il s’est lui-même tendu :
  • l’utilisation de notes de bas de page sans intérêt qui décrédibilisent totalement le propos (« La location de petites jambes n’existe pas », « A ce stade on peut s’interroger : s’appelait-elle vraiment Alice ? », « Nous n’avons pas pu obtenir de détails concernant la nature exacte de cette soupe »…)
  • une tendance franche à la surutilisation de formules toutes faites et à l’imagination de comparaisons et métaphores aussi poétiques qu'une cuvette de WC (« Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages pour piétons », « Ils utiliseraient le samedi et le dimanche comme deux grosses couvertures » , « Mais elle ne pouvait pas encore imaginer ce qui allait se passer », « Markus pensa : c’est le plus beau lavage de mains de ma vie »…).
  • les intermèdes ludiques qu’il intercale entre les courts chapitres, dont le lien avec le reste du récit est parfois très flou et la valeur ajoutée quasiment toujours nulle.
Au final, La délicatesse se laisse lire, comme un film français se laisse regarder, en souriant un peu, en se moquant doucement, en s’endormant souvent. Et lorsque l'on referme le livre, l’impression flottante qu’il nous a fait se transforme en souvenir vaporeux qui s’envole bientôt vers des cieux rosés par un romantique coucher de soleil.

A lire ou pas ?
L’une des définitions de l’adjectif gentil selon le Trésor de la langue française
Dans le domaine des arts, de la littérature. [Avec une nuance dépréciative] Qui est agréable à voir, à lire, à écouter, tout en n'ayant guère de valeur.

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14 commentaires:

  1. J'avais sensiblement ressenti la même chose en lisant "Le potentiel érotique de ma femme". Surtout concernant cette désagréable candeur.

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  2. Et oui ! La gentillesse, la bonté, l'entraide, la chance... sont à la mode dans la littérature contemporaine (surtout française je pense, nous faisons d'ailleurs ça au cinéma depuis longtemps). Et c'est une bonne chose sur le plan théorique !
    Le problème c'est que la plupart des auteurs n'ont pas encore compris que c'est excessivement difficile d'arriver à écrire toutes ces émotions positives sans tomber immédiatement dans la platitude, la naïveté ou le ridicule. Il faut je pense un extraordinaire talent, que ne possède à mon avis pas M. Foenkinos.

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  3. Oui. Je crois aussi que la plupart de ces auteurs en vogue utilisent des "trucs" d'écrivain. La simplicité d'écriture mâtinée de candeur de Foenkinos en est un, à mon avis.

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  4. J'ai éprouvé une impression très similaire en lisant ce roman.
    Heureusement, j'ai gagné du temps en allant pas jusqu'au bout...

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  5. Pas faux ce que tu dis.

    J'avais été déçu moi aussi de certaines métaphores, tu l'as bien relevé, formule en bas de page, etc... et la deuxième partie

    Au final, je n'en garderai pas un souvenir persistant, mais j'ai bien aimé quelques passages. Ce n'est pas tous les jours qu'on rit dans un livre. Mais après, si on l'analyse de façon cartésienne, c'est sûr, il ne tient pas la route

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  6. le bandeau "le roman aux 10 prix littéraires" sur le livre de poche est habile... on se dit qu'avec autant de récompense, ce ne sera pas nul...
    un "traquenard" de libraire, et je suis tombée dedans moi aussi !
    (la liste des prix obtenus, que vous publiez, est assez hilarante !)

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  7. Merci pour ce commentaire. Effectivement, le bandeau est accrocheur ! Et presque mensonger car dans la liste ci-dessus, plus de la moitié des prix sont réels et font partie des fameux "10 prix littéraires" (comme le prix des lycéens du Liban, ou celui An Avel !)

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  8. @ Bernard (Jouques) : le lien avec la critique n'est que très indirect, mais un peu de musique sympathique ajoute effectivement un supplément d'animation à nos pages de lectures silencieuses :)

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  9. Emmanuel, j'aime beaucoup cette critique, malgré le fait que je n'ai pas eu l'occasion de lire l'ouvrage. "La Délicatesse" m'a tout l'air sirupeusement détestable mais tes moqueries sont excellentes.

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  10. Merci Camille. Les félicitations me font d'autant plus chaud au coeur qu'elles me sont adressées par une personne de qualité :) En tous cas, cette critique est assurément à ce stade ma best written ever (près de 700 lectures ici, plus de 500 pour sa version minimaliste sur Senscritique et une citation sur la page Wikipedia du livre) ! Peut-être simplement parce qu'en voulant me moquer gentiment j'ai réussi à capter un peu de l'âme (si tant est qu'il en ait une) du roman !

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  11. ce livre ne mérite pas ces 10 prix

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  12. Je ne peux que souscrire à cette synthèse laconique (je ferais cependant remarquer qu'aucun des dix prix remportés -attention, j'ai remplacé certains des prix réellement obtenus par des inventions de mon cru- ne possède de véritable aura... Ils constituent donc une jolie entourloupe marketing, qui a en croire les chiffres des ventes, a été d'une efficacité redoutable !

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  13. Ouh la quel navet ce livre, quel pensum ce film... Tous deux écrits avec les pieds (quatre pour le film éponyme,les deux frères Foenkinos s'étant joint pour l'inutile et le pas franchement désagréable, mais tellement INUTILE...). Inutile de continuer à critiquer ? Non, car de qui se moque t-on en voulant nous faire passer ce billet doux toute en longueur pour de la littérature, primée puissance 10 ? Phrases gentillettes qui vous amèneraient presque à détester Souchon (on constate que les paroles de l'Amour en fuite sont tout à fait passées inaperçues dans le panthéon de la chanson française, à juste titre)et Lennon (pourtant, Lennon !), juste là pour utilités name-dropping. Et la Suède, méritait-elle tant d'opprobre ? Alignements de clichés (si on se suicide tant que ça en Suède, après la lecture de ce livre les Français ne sont pas très frais non plus). Au pays de Candy et de Nathalie (même pas Portman, on a eu droit aux yeux de veau de la Tautou - seul François Daemiens en Markus (non ce nom n'est pas ridicule, les Foenkinos n'ont qu'à se regarder chez les Grecs, gnarf) tirait son épingle avec son jeu, tout en délicatesse.
    A vous faire regretter les meilleurs livres d'Amélie Nothomb, et surtout vous inciter à replonger tête baissée dans la littérature anglo-saxonne. Je plains le Lagarde et Michard XXIe siècle, Gavalda-Foenkinos-Levy-Musso, tout ce gloubiboulga indigeste et facile à la fois, INUTILE, je l'ai déjà dit (13e note de bas de page).

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